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Grenouillot

grenouillotGrenouillot est un fonctionnaire de rang élevé dans l’administration d’une ville de province.

Un jour, il prend conscience qu’il s’ennuie. Son travail (sa vie ?) ne lui apporte plus autant d’enthousiasme qu’au début.

Comme il est plein de peurs, il avait choisi la sécurité, l’argent et le statut.

Mais aujourd’hui, malgré sa peur du lendemain, il commence à regarder autour de lui.

Une multitude de choses l’amène à quitter son emploi. Mais pour aller où ? Et pour faire quoi ?

Il ne sait pas. Il n’a aucune certitude.

Il se dit qu’il est fou et ses collègues pensent de même. Ces derniers, mis face à leurs propres peurs, tentent de le dissuader, mais sans trop de conviction tout de même, car le poste vaquant est des plus intéressants.

Grenouillot se retrouve à marcher le long du fleuve qui traverse la ville. Il a peur et paradoxalement il y a longtemps qu’il ne s’était pas senti aussi libre et vivant. Cette excitation vient du fait qu’enfin, son horizon n’est plus bouché. Mais, en même temps, il ne sait pas ce qui se profile à l’horizon.

Il entend vociférer sur le fleuve. Sur une énorme péniche, un homme:

· «Il n’est pas venu travailler, saleté de neveu, je vais encore me taper le boulot tout seul, les gens ne veulent plus travailler»!

· «Si, moi je veux bien travailler»! Lui crie Grenouillot depuis la berge.

L’affaire est vite réglée. Le commandant lui propose de travailler sur la péniche. Il y sera nourri et logé.

Grenouillot vend son appartement et la quasi-totalité de ses affaires. Il a allégé sa vie et redécouvre le travail physique. Il se retrouve avec un bleu de travail, un débardeur blanc et des courbatures. Son salaire est nettement moins élevé qu’avant et il s’aperçoit avec étonnement que ça ne le dérange absolument pas.

Après cinq mois de vie sur la péniche, le neveu du commandant revient pour reprendre sa place. Grenouillot avait bien vu des concordances qui, comme la fois précédente, lui indiquaient d’autres horizons, aussi, le retour du neveu ne le surprend guère. Et quand le commandant, embarrassé, vient lui faire comprendre qu’il n’a plus besoin de ses services, c’est de manière paisible que Grenouillot rejoint le plancher des vaches.

Ces quelques mois sur la péniche lui ont permis, grâce à son instruction, d’aider le commandant, d’origine turque, à acquérir un niveau en langue française qui lui faisait défaut. Désormais, ce dernier ne sera plus dépendant des autres et son autonomie lui permettra de ne plus se faire avoir dans les affaires.

Grenouillot descend de la péniche là où elle se trouve et c’est dans une région qu’il ne connaît pas. En traversant la campagne, il voit un camion arrêté. Crevaison. Le maraîcher doit décharger une grande partie de sa marchandise pour pouvoir réparer. Grenouillot lui propose son aide et il se retrouve avec une proposition de travail de deux mois pour repeindre les serres de l’exploitation et y travailler. Il y restera deux ans. Il apprend le métier.

Les concordances font que Grenouillot rencontre un commercial et, passant des bottes aux chaussures vernies, il se retrouve en costume à vendre des portefeuilles d’action. En trois années, il gagne réellement beaucoup d’argent. Alors qu’il pense s’installer et donc acheter une maison dans cette région qu’il affectionne, un scandale éclate. Un des commerciaux a trempé dans des malversations et Grenouillot doit tout abandonner: argent, actions, et quitter la ville.

Il travaille neuf mois dans une mercerie. Puis, Grenouillot monte son cabinet et devient consultant en entreprise dans une ville du centre de la France. Il y trouve femme et y fait enfants. Trois ans plus tard, en plein succès, des concordances lui montrent qu’il faut tout quitter.

Il devient écrivain. Parallèlement à sa profession, les personnes qui le croisent repartent avec d’excellents conseils, judicieux dans tous les domaines. Devant la pertinence de ses observations, les gens lui prêtent même des dons de voyance.

Les gens viennent de loin pour le voir. Il est un sage disent-ils. On lui demande quel enseignement il a suivi pour en arriver là où il est. Les représentants des diverses religions et des différents courants spirituels se vantent de reconnaître leur enseignement dans le verbe de Grenouillot.

  • «Vous souhaitez savoir comment j’en suis arrivé là. Très bien. J’étais un petit fonctionnaire et j’ai tout quitté pour travailler sur une péniche qui passait par là, puis j’ai aidé un maraîcher à réparer son camion, j’ai travaillé deux ans dans son exploitation, puis j’ai gagné beaucoup d’argent en vendant des portefeuilles d’actions, j’ai tout jeté, argent et actions pour travailler dans une mercerie, quelques mois plus tard, j’ai monté mon cabinet pour exercer le métier de consultant en entreprise, quand ça marchait vraiment bien, je suis parti, je suis devenu écrivain et j’en suis là aujourd’hui».
  • · «Ce ne sont pas ces choses banales et cette vie inexplicable qui vous ont fait acquérir cette sagesse»!!!?
  • · «Je n’ai rien fait d’autre… Je n’ai suivi que des signes comme des pièces de puzzle sans connaître la finalité de ce puzzle. Je n’ai fait qu’avancer et c’est le fait d’avancer qui a toujours été le bon choix».

Ces explications sans supports n’ont pas satisfait les gens et ces derniers ont inventé une histoire pour satisfaire leur besoin d’explications. Ils ont donc créé un surhomme avec des pouvoirs spéciaux, des croyances, bref, une construction logique parce qu’une vie inexplicable guidée par la vie ne se veut pas rassurante.

Christophe Yann

Pour continuer le voyage de grenouillot, vous pouvez écouter la 4eme conférence
 “Comment obtient-on la confiance en soi ?”

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LE TIGRE A DENTS DE SABRE

tigre a dent de sabreLe premier homme a dû courir par peur, pour fuir les animaux sauvages. Nous n’avons finalement pas beaucoup changé. Nous courons toujours pour fuir. Le tigre à dents de sabre s’est changé en stress. Il nous attend tous les jours dès le lever, posté devant l’entrée de notre caverne. Et nous sortons en courant, continuant de courir toute la journée, d’abri en abri, devinant sa présence quand nous ne le voyons pas franchement.

La psychologie va vous expliquer dans le détail pourquoi vous courez, cela remonte à votre enfance, aux parents de vos grands-parents et vous remonterez ainsi jusqu’à Adam et Ève pour vous apercevoir, sorti de thérapie, que vous avez toujours peur. Alors vous vous tournez vers le bien-être et le développement personnel qui vous font croire, pour l’un, qu’il faut « être bien » alors que la vie ne vous demande que d’être, tout simplement, et enfin l’autre, qui vous fait croire qu’il faut vous « développer personnellement » comme si vous n’étiez pas déjà complet, comme si l’Intelligence de la vie vous avait oublié.

Vous pouvez passer ainsi toute une vie à continuer de rêver, à fuir vos peurs, votre vie avec tout de même l’impression de faire des « progrès spirituels » quand vous vous tournez vers les méthodes et pratiques spirituelles qui vous font miroiter la libération.

Le tigre est toujours là, mais cette fois-ci vous avez, au choix: vos chaussures à coussin d’air, vos exercices de respiration qui vous permettent de courir plus longtemps sans fatigue, vos exercices de concentration qui vous permettent maintenant de ne plus trébucher durant la course, le yoga qui vous permet de vous plier en deux sous cette branche basse et ainsi de gagner du temps, appeler votre animal totem à la rescousse (pas de bol, c’est un élan, il faut encore courir), vos exercices de visualisation ou d’affirmation positive, mais quand vous visualisez derrière vous, le tigre est toujours là et il n’a rien de positif, contacter les anges, mais vous allez trop vite pour eux et leurs petites ailes, appeler le diable alors, ça tombe bien il est derrière vous, feuilleter vite fait des bouquins psy ou psi (spirituels), mais ça donne mal à la tête (déjà que vous avez mal aux jambes), prendre un billet pour l’inde, là où se trouve la vérité (vous en êtes certain), passant ainsi du sprinter au marathonien, etc.

Puis un jour vous en avez marre. Vous abandonnez. Un matin vous sortez de votre caverne comme chaque matin et le tigre évidemment est toujours là. Et vous vous tenez debout face à lui. Debout face à vos peurs. Et vous l’observez. Vous le regardez droit dans les yeux. Il a changé. Vous l’observez plus attentivement. Il n’est pas si gros que ça. Pas si méchant finalement. Votre vue se brouille, se réajuste, plus exactement, l’ex-tigre est à vos pieds, tout petit, il ronronne et se frotte à vous, c’est un chat. Il vous regarde et vous dit: « bon alors, tu viens jouer oui ou non, depuis le temps que je te cours après! » Alors vous tombez en méditation, naturellement, votre respiration se modifie, votre corps se détend puisque les tensions se sont dissipées, vous êtes totalement présent, vous réalisez que la vie est en vous et qu'elle vous attend pour jouer. La vie est en vous et autour de vous, vous aviez simplement oublié qui vous étiez. L’illusion, c’est chaque fois que vous vous identifiez à votre imagination. Un livre à la main, vous n’apprenez rien, vous ne trouvez que des confirmations. L’inde ? Pourquoi pas ? Ou plus loin encore ? La lune ou plus loin encore pourquoi pas ? Tout est en vous n’allez pas si loin.

Christophe Yann

Ecouter la conférence N°3 associée à ce thème :
“Comment opère-t-on un changement en soi ou dans sa vie ?”
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